Nomadland de Chloé Zhao sorti en juin 2021 est un film adapté du roman éponyme de Jessica Bruder. Il a reçu l’Oscar du meilleur film, le lion d’or à la Mostra de Venise ainsi que le Golden Globe du meilleur film dramatique. A travers le personnage de Fern, une sexagénaire américaine, la réalisatrice nous dépeint les Etats-Unis après la crise des subprimes de 2008 et la pauvreté induite par cette crise du capitalisme. Face à cette hégémonie du capital et de la propriété foncière, une alternative : la vie de nomade.

Cette vie de nomade contemporaine est celle de Fern, le premier rôle du film incarné par Frances McDormand qui a reçu l’oscar de la meilleure actrice pour ce rôle. Cette vie n’est pas montrée sous un jour romantique ou naïf. Ce n’est pas la vie de bohême chique et élégante des magazines ; c’est sale, triste, dur et injuste parfois. Il n’y a que très peu de confort ou de sécurité. En revanche il y a le sentiment de liberté, l’air frais, les paysages.

Si Fern a abandonné toute propriété terrestre pour vivre dans un van c’est d’abord un choix de nécessité. Elle porte le deuil de son mari et de son ancienne maison perdue au milieu d’une ville devenue fantôme à la suite de la crise des subprimes de 2008.

Cette vie de nomade contemporaine est celle de Fern, le premier rôle du film incarné par Frances McDormand qui a reçu l’oscar de la meilleure actrice pour ce rôle. Cette vie n’est pas montrée sous un jour romantique ou naïf. Ce n’est pas la vie de bohême chique et élégante des magazines ; c’est sale, triste, dur et injuste parfois. Il n’y a que très peu de confort ou de sécurité. En revanche il y a le sentiment de liberté, l’air frais, les paysages.

Si Fern a abandonné toute propriété terrestre pour vivre dans un van c’est d’abord un choix de nécessité. Elle porte le deuil de son mari et de son ancienne maison perdue au milieu d’une ville devenue fantôme à la suite de la crise des subprimes de 2008.

Quitter ses souvenirs c’est porter un double deuil : celui de la vie tracée qu’elle avait suivie jusqu’ici en plus de son défunt mari. Cette vie portée par le rêve américain est celle des études suivies du mariage, de l’emploi médiocre et exploitant mais donnant accès à la maison de banlieue, pelouse, animal domestique et enfants compris. Ce rêve américain est intrinsèquement lié à la propriété foncière avidement critiquée dans le film, à travers les réflexions intérieures ou verbalisées de Fern.

Cette illusion a été aussi vite reprise aux plus exploités qu’elle leur a été vendue notamment suite à la crise de 2008.

Ainsi, Linda incarnée par Linda May à l’écran, raconte l’histoire de son collègue. Exploité toute sa vie dans un travail désincarné, il nourrit le rêve de partir vivre dans le bateau qui occupe son garage. Une fois sa retraite obtenue, il n’a pas le temps de voir son rêve s’accomplir qu’il décède épuisé par tant d’années de labeur. Ce destin commun est dénoncé par le personnage de Linda qui y voit un vol de la puissance vitale des travailleurs. Elle annonce que c’est à cet instant qu’elle a choisi la vie de nomade car elle ne voulait pas que « son bateau reste dans le garage ».

Linda est la première femme que rencontre Fern dans ce qui deviendra une quête initiatique à la découverte de la vie nomade contemporaine rythmée par les emplois saisonniers et les rencontres d’entraide entre nomade des Etats-Unis.

La réalisatrice Chloé Zhao nous délivre une fresque de personnages presque exclusivement féminins qui accompagnent Fern dans cette quête à travers les paysages américains.

Ce film est d’ailleurs un exemple remarquable de female gaze, c’est-à-dire « regard féminin » en opposition au male gaze, « regard masculin » symptomatique d’une société patriarcale hétéronormée et raciste. Le cinéma « male gaze » relègue les personnages féminins au rôle d’objet, images à destination du spectateur masculin. Cette image incarne les injonctions patriarcales, de la beauté au silence et à la discrétion. Le female gaze s’oppose à cette façon d’écrire les personnages féminins et leur histoire, en représentant à l’écran des femmes réalistes et incarnant plus qu’une image. Ainsi les personnages féminins issus d’œuvres « female gaze » ont une profondeur et une psychologie complète. Enfin le female gaze c’est la création d’œuvres narratives qui ne s’adressent plus uniquement à des hommes hétérosexuels.

Nomadland est un exemple réjouissant et innocent de female gaze.

Fern est humaine, son quotidien est représenté comme celui d’une femme qui vit, qui chie, qui dort sans maquillage, qui sue, qui pisse, qui pleure… Représenter une femme vivante se fait aussi à travers de sublimes scènes où l’on voit Fern accueillir son enfant intérieur en sautillant dans les rocheuses, se reconnecter à son érotisme en se baignant nue dans un ruisseau, non pas pour le plaisir du spectateur. Ce n’est pas son corps en tant qu’image vendeuse qui est célébré, mais la vie dans ce qu’elle a de plus sale, douloureux et cruel mais aussi dans ce qu’elle détient de beau et ce qu’elle offre aux rêves. Le personnage de Fern est complet et réaliste, c’est ce qui la rend émouvante mais aussi drôle et intense.

Nomadland est un film qui célèbre l’amour dans toute son ambiguïté et son caractère transcendant. A travers le deuil de son mari et de ses souvenirs par extension on découvre la part nostalgique de ce thème. La sororité qui naît avec les femmes qui guident et initient Fern dans la vie nomade, illustrent aussi cet amour. Ce sont également les hésitations et les doutes qu’elle vit face à des sentiments naissant pour le personnage de Dave.

Cet arc de l’histoire se clôture dans une scène à la photographie léchée où Fern abandonne à l’aube la maison familiale de Dave pour repartir dans son van et ne plus le revoir. Suite à cet évènement, elle abandonnera ses souvenirs matériels stockés dans un conteneur. C’est à cet instant qu’elle choisit réellement la vie de nomade. Pourrait-on faire une analogie entre la vie sédentaire et la vie maritale ? Fern met de côté les deux à la fois dans ces scènes qui se suivent. Elle choisit son indépendance, au sol autant qu’à la famille.

En 1 an, le film se boucle, Fern retourne à son emploi de saisonnière pour Amazon où nous l’avions rencontrée lors des premières scènes. Aux côtés de Linda et de Swankie parmi d’autres, elle a découvert les astuces de la vie nomade autant que ses valeurs.

Elle choisit le métier de vivre, pour une perte de confort matériel elle gagne l’émerveillement face à la nature, à l’autre, à la découverte.