Alina Nelega, née en Roumanie, est romancière et dramaturge. Ses pièces ont été traduites en de nombreuses langues à travers le monde.

Le fameux prix Observator cultural, équivalent roumain du Goncourt, lui a été décerné en 2020 pour son titre « Comme si de rien n’était » qui n’est autre que son premier roman traduit en langue française par Florica Courriol, aux éditions des femmes, Antoinette Fouque.

Elle est aussi l’autrice de « Monologue pour personnage féminin, en un acte et 8 séquences », intitulé Amalia respire profondément, monté en 2007 en Roumanie et joué à l’automne 2012 à Paris, à l’Institut culturel roumain.

Le choix du sujet brûlant

Alina Nelega nous offre la lecture d’un des rares romans roumains qui traite de l’homosexualité féminine sous Nicolae Ceaușescu (1918-1989).

« Pour la énième fois elle se demande pourquoi ça retombe chaque fois sur elle, sur mille élèves en uniforme c’est toujours elle que l’on choisit d’éduquer, de redresser. A cause de son regard peut-être, il y a un truc qui cloche du côté de son regard, trop concret – elle avait cette mauvaise habitude de regarder pour voir – à moins que ce soit, allez savoir, cet air dont elle ne peut se défaire, de gamin de quartier qui sort prendre l’air et se met à taper la balle contre un mur, les genoux écorchés par les chutes en vélo, ce vélo dont la chaîne saute tout le temps.»

« Comme si de rien n’était », Alina Nelega

Engagement, dénonciation, prise de position et porte-parole sont les maîtres-mots.

Double passion pour une vie fragile

Nous suivons de près la vie de la jeune Cristina, folle amoureuse d’une autre femme et passionnée d’écriture. Elle a l’une dans le cœur et l’autre dans la peau. Le contexte politique rend cet amour interdit, il s’agit de la dernière décennie de la dictature communiste en Roumanie, dans les années 1980. Tout est fragile…

Tout commence avec une Cristina adolescente, jeune lycéenne de province, quelque peu ingénue. Sans s’y attendre, elle tombe amoureuse de sa meilleure amie, Nana, pour qui les sentiments sont réciproques. Un début d’idylle prometteur pour les deux jeunes femmes qui découvrent l’Amour, malgré les dangers omniprésents.

Pourtant, les balbutiements resteront des balbutiements.

De nouveaux départs

La vie suit le cours qui est le sien.

Deux femmes séparées suite au départ brutal de l’une d’entre elles, deux cœurs brisés, l’un plus que l’autre et la vie reprend ses droits, par obligation, parce que cela est moins dangereux. Cristina épousera un homme qui ne sera autre que le frère de Nana qui de toute façon est partie loin avec ses rêves fous de comédie en laissant son premier pan de vie derrière elle, coupant tout d’une paire de ciseaux aiguisée.

Un parcours tout tracé, quasiment balisé, sans saveur.

La vie d’adulte et ses contraintes familiales, politiques et sociales ont pris le dessus. Heureusement, l’écriture est présente, telle une bouée. Elle est restée, elle. Pourtant, impossible d’écrire ce qu’elle ressent totalement, elle voudrait écrire sur l’Amour, cet amour. Des sentiments la rongeant qu’elle ne peut extraire d’elle-même. Un huit-clos interne, en solitaire.

Deux passions qui s’entremêlent, se croisent et semblent incompatibles à la fois : Cristina tente d’écrire malgré tout tandis que Nana refait surface petit à petit… pour mieux repartir à nouveau. Fuyant cette relation.

Le temps n’attend pas, il n’a pas pitié. Les années défilent, elles sont à l’aube des 40 ans. Une autre maturité, une force trouvée ensemble. Prêtes à accepter courageusement, elles affirment alors leurs sentiments à voix haute.

Il est l’heure de la bataille contre l’oppression !

Est-ce que cela suffira ?

Un roman remarquable !

Captives d’une société étouffante et meurtrière, Cristina et Nana content l’histoire de tant d’autres femmes elles aussi prises au piège de rouages ancrés profondément et faits d’injustice, d’intolérance et de soumission.

Ceux-là même qui sont mis à nu, dénoncés, dévoilés par Alina Nelega avec une force sans égale. Un roman essentiel, encore maintenant malheureusement…

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