L’année 2020 nous a réservé bien des surprises, surtout en littérature. Le 9ème art n’y a pas échappé, les romans graphiques non plus.

C’est avec humilité que je vous partage mes 6 coups de cœur dans une multitude de formats que j’affectionne tout particulièrement. Six pépites que j’ai eu la chance de lire et qui me travaillent encore, même après des mois de lecture pour certains.

  1. Vernon Subutex, Première partie, de Virginie Despentes (scénario) et Luz (dessin), aux éditions Albin Michel :

Qui est Vernon Subutex ? Une légende urbaine. Un ange déchu. Un disparu qui ne cesse de ressurgir. Le détenteur d’un secret. Le dernier témoin d’un monde révolu. L’ultime visage de notre comédie inhumaine. Notre fantôme à tous.

Dès la parution du tome 1 en janvier 2015, les tribulations de Vernon Subutex, ex-disquaire devenu à la fois squatteur, clochard, DJ et quasigourou, sont un succès majeur de la littérature française tant en termes de réception critique (« Magistral et fulgurant » L’Express, « Virginie Despentes touche au sommet de son art » Le Magazine littéraire, « Une comédie humaine d’aujourd’hui dont Balzac pourrait bien se délecter » Le Parisien) que publique (un million et demi d’exemplaires vendus en France).

Portée par une énergie graphique hors du commun, cette nouvelle version – réécrite à quatre mains et en bande dessinée – offre un nouveau regard sur le parcours de Vernon… et démontre, s’il en était besoin aujourd’hui, la puissance du collectif.

LE livre à avoir dans les mains.

Parution le 12 novembre 2020.


2. Anaïs Nin, Sur la mer des mensonges, de Léonie Bischoff, aux éditions Casterman :

Après huit années de travail, Léonie Bischoff achève enfin l’album consacré à l’écrivaine américaine, pionnière de la littérature érotique. De son éclosion artistique à son “consentement sans limite”, la dessinatrice suisse s’est attachée à retracer l’itinéraire de cette précurseure du polyamour.

Un voyage qui nous emmène loin, dont on a du mal à revenir. Époustouflant !

Parution le 26 août 2020.


3. La nuit est mon royaume, de Claire Fauvel, aux éditions Rue de Sèvres :

Nawel est une jeune fille de 20 ans au tempérament de feu qui la pousse à mener toutes ses passions avec excès. Cette force est un atout quand elle la met au service de la création dans son groupe de rock, qu’elle a créé avec Alice, sa meilleure amie. Leurs études les mènent à Paris, où les jeunes filles sont confrontées de plein fouet au décalage culturel et social entre Paris et la banlieue. Malgré les difficultés, Nawel veut conquérir la capitale. Lors d’un festival « jeunes talents », elle rencontre Isak Olsen, musicien, dont elle tombe immédiatement amoureuse. Fascinée et terriblement jalouse de son talent, il cristallise toutes ses frustrations. Abandonnant ses études et l’emploi qui la fait vivre, elle décide de se consacrer à la composition d’un premier album. Commence alors pour elle, une période difficile, faite de travail et de sacrifices pour tenter d’atteindre son rêve à n’importe quel prix…

Claire Fauvel confirme une fois de plus tout son talent de scénariste et d’illustratrice.

Parution le 19 février 2020.


4. Ama, le souffle des femmes, de Franck Manguin, aux éditions Sarbacane :

Les filles du bord de mer…
Japon, fin des années 1960. Nagisa, jeune citadine tokyoïte aux manières policées et pudiques, débarque avec son paquetage sur Hegura, petite île de pêcheurs reculée. Là, elle est adoptée par Isoé, la cheffe de la communauté des « Ama » qui gouverne l’île. Les Ama, ces « femmes de la mer » brutes, fortes et sauvages qui plongent en apnée, nues, pour pêcher des coquillages…
Choc intime et culturel, ce mode de vie rural et indépendant est progressivement investi par la timide Nagisa, qui fuit son passé.

Un exemple de force et de résilience, nous ne pouvons que nous en inspirer.

Parution le 1er avril 2020.


5. C’est comme ça que je disparais, de Mirion Malle, aux éditions La Ville Brûle :

Très attendue, C’est comme ça que je disparais est la première fiction de Mirion Malle, bien connue pour ses BD didactiques féministes, engagées et aussi percutantes qu’hilarantes.

C’est comme ça que je disparais est une tranche de vie douce-amère, pop et très « nouvelle vague ». Mirion Malle nous entraîne au plus près des personnages et de leurs émotions, au plus près aussi du mal-être et de la dépression vécue par l’héroïne.

Cette BD, qui est un véritable miroir tendu aux jeunes adultes du 21e siècle, aborde aussi en creux la question de la santé mentale et de la dépression. Mirion Malle, avec le talent qui est le sien, le fait avec énormément de sensibilité et de pudeur (avec humour aussi, bien sûr !), par petites touches impressionnistes composant un tableau particulièrement touchant et servi par une écriture remarquable.

On y retrouve par ailleurs l’univers et les thèmes de prédilection de Mirion Malle (le féminisme, la sororité, le soutien, l’écoute, le karaoké, les chansons des années 2000, la communication et les réseaux sociaux) et l’on y découvre la vie à Montréal.

Il m’arrive de le cherche encore dans ma bibliothèque pour y jeter un œil devant tant de poésie, de vérité et de beauté.

Parution le 17 janvier 2020.


6. Buck, Le premier homme sur Terre, de Frederik Van Den Stock, aux éditions Même Pas Mal :

4000 ans avant J.C. apparaît Buck, le premier homme sur Terre. Seul, il invente rapidement le langage, baptise les animaux et les éléments naturels qui l’entourent et prend conscience de sa propre existence en tant que création divine. Une fois les premiers émerveillements passés, Buck commence à souffrir de sa solitude et décide de régler son compte à Dieu, qu’il tient pour responsable de sa condition. Mais au moment de commettre l’irréparable, il aperçoit… une femme !

Variante iconoclaste et humoristique de l’histoire de la Création, le récit met en scène le premier homme sur Terre, apparu sans explication rationnelle et inventeur autodidacte de la civilisation. D’abord désespérément seul, il maudira sa condition avant de rencontrer puis d’asservir ses semblables. Si Buck crée le langage, les outils, l’Art et l’argent, il ne s’en sert qu’à son propre profit. Cet antihéros aussi vaniteux que pathétique permet à Frederik Van Den Stock de composer une satire de la religion et des sociétés humaines, gangrénées par l’avidité et l’injustice.

L’humour et l’affliction dansent sur la même fréquence. Ils nous font tournoyer dans ce roman graphique quadrichromique à l’allure préhistorique moderne. Les découvertes vont crescendo pour Buck, son évolution plus encore. D’abord attachant, il deviendra vite détestable… Pour de bonnes raisons de la part de l’auteur. Langage, conscience des choses et des émotions sont acquis si rapidement que cela en devient non pas ridicule, parce que l’agencement de l’histoire relève du génie, mais déjanté et décalé. Les messages se veulent percutants : si Buck qui est le premier homme est capable de ce qu’il fait, on comprend mieux la situation actuelle de notre monde.

Malgré son ascension fulgurante, il lui manque l’intelligence émotionnelle. Cet infime essentiel. En fermant le livre, je me suis surtout dit que c’était là une bonne leçon de plus à retenir. Une œuvre à partager et dont il faut parler autour de soi, telle un phare en des temps sombres.

Parution le 25 septembre 2020.

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