Nawel Ben Kraïem, alias NBK, s’est lancée dans l’écriture de son premier recueil de poèmes, aux éditions Bruno Doucey, publié et disponible dans toutes les librairies depuis le 6 mai 2021.

« J’abrite un secret » a vu le jour.

Auteure-compositrice-interprète, productrice et actrice franco-tunisienne, Nawel Ben Kraïem est une artiste complète et mille facettes.

  • Ce qu’en dit l’éditeur :

« N comme Non. B comme Bonheur. K comme Kif et Kif-kif, à bonne distance des Keufs et du triple K. Il ne faut que trois poèmes à Nawel Ben Kraïem pour dire qui elle est et ce qu’elle ne sera jamais, ce qu’elle aime et ce qu’elle refuse. Trois poèmes, puis tout un recueil à la sincérité confondante pour donner à lire l’itinéraire intime d’une jeune femme à la voix tendre et puissante. Rébellion adolescente et fragilités – « j’ai perdu mes carnets, j’ai perdu mon cadenas, j’ai peur pour mes secrets », dit-elle – cèdent la place à la femme libre qui prend la mesure de ses identités plurielles et des fractures du monde dans lequel nous vivons. Les lettres dansent sur la page. Les mots claquent dans le vent qui les emporte. Et ce premier recueil pulse et swingue, dopé à la vitamine P : celle de la poésie et du hip-hop qui ancrent le rêve dans la vraie vie. »

Autodidacte à la voix suave et rauque à la fois, elle nous parle de secrets enfouis. Le sien et celui des autres. Surtout les autres.

Son recueil est un hommage à la poésie musicale qui saura percer vos vérités.

Couverture du recueil
  1. Divin mélange que votre dernier album, « Délivrance » avec votre premier recueil. Lire vos poèmes en écoutant vos paroles, deux voix en une comme des sœurs jumelles ou peut-être deux facettes d’une même pièce. Laquelle de ces voix nourrit l’autre ?

« On vient du pays de ses enfances

Sans revenir de ses absences

De l’encre coule des souvenirs

Ceux du cancre sans avenir

L’encre l’aide à devenir

Ancre neuve pour repartir »

page 32, poème « Nouvelle ancre »

Merci !! Je les dirai plutôt cousines que jumelles. La voix de la poésie est plus souterraine, plus sauvage,  elle prend plus de libertés dans la mesure où elle ne se plie pas à la voix mélodique et rythmique. La voix des paroles de chansons est un peu plus sociable..!

Crédit photo : Victor Delfim

Elle est davantage tournée vers l’autre. La poétesse va plus loin dans son exploration de l’intime et la chanteuse nourrit la poésie par son plaisir du jeu avec les sonorités et son rapport intense  au partage et à l’oralité.

2. Recueil abritant l’ultime duo force et fragilité, vous vous délivrez sur les failles présentes ainsi que sur les absences marquantes. Ouvrage recueillant votre secret mais aussi celui des autres. Serait-ce une poésie de l’hommage : à soi, à ceux qui comptent et qui en auraient besoin ? Porter les paroles de celles et ceux marqués par la vie et marquant la vôtre ?

« Quand je ferme les yeux

Je sens venir vos mots

Me prendre par la main

Me peindre sous les yeux

Me faire voyager loin

Devenir mon refrain »

page 83, poème « Paupières fermées »

Les silences et les hors-champs sont importants dans mon écriture. Les secrets ne sont pas directement nommés. C’est peut être ce qui donne la place aux secrets de l’«Autre » et à « l’universel ».

Je me sens bien dans la forme poétique car elle permet ces silences tout en dévoilant beaucoup par la force des images. On peut y être à la fois pudique et intime. Je crois que de nombreuses enfances sont marquées par des secrets et des accidents de parcours,  la mienne l’ a été  et sublimer ces fractures intimes est une façon de les accepter, de les dépasser… d’ en survivre !

En ça c’est un hommage ou une célébration de nos manques et de nos « marques ».

Album « Délivrance », 2020.

3. L’eau est multi présente et multiforme : la mer, l’océan, la marée, se noyer, nager, etc… Au travers de vos vers, elle est plus qu’une simple matière et semble incarner un imaginaire entre rites de passage et métaphores. Est-elle votre amie ou votre ennemie ?

« Je suis un océan

Un océan, seule

Que les vagues n’agitent plus »

page 90, extrait du poème « L’océan seule »

J’ai grandi au bord de la mer Méditerranée, et elle m’a toujours beaucoup inspirée sur le plan personnel, comme un horizon, un paysage familier et rassurant, mais aussi dans toute sa dimension politique avec les drames de l’immigration qu’elle renferme.

Ce serait comme une  grande amie de toujours, mais une amie écorchée vive, avec un vécu, une personnalité et une histoire profonde à explorer, à raconter, et à dompter.

4. Votre poésie est habitée par la symbolique du passage. Ce dernier concerne l’émotion, la condition, l’identité, la culture et le corps. Et le passage à l’écriture en tant que poétesse, comment est-il vécu ?

« J’apprendrai à me dire

A l’oeil bleu qui m’attend

Au pays qui m’entend »

page 55, extrait du poème « Identité »

Dans mon travail de chanteuse le rapport à la scène est central. Il y a quelque chose de très instinctif et immédiat qui se partage.

Crédit photo : Victor Delfim

La poésie c’est une autre facette de ma sensibilité, quelque chose de plus intérieur, plus contrasté, plus solitaire et plus atemporel. Ca me fait beaucoup de bien de sentir d’autres âmes réceptives à cette forme et j’avoue que je m’attendais pas à des retours aussi profonds de lecteurs, ni déjà aussi nombreux. C’était un geste artistique sincère, évident car nécessaire pour moi, et sans attente de la part de l’autre.

C’est assez doux à vivre. Comme si j’avais au fond besoin de cette autre forme de partage plus intime.

5. Le ventre serait le reflet des émotions, celui-là même qui marque « J’abrite un secret » de sa présence. Abriter en son ventre des mondes illimités, comme la mer, un enfant, la flamme. Créez-vous pour lui éviter de déborder ?

« Comme le monde est étroit

En dehors de mon ventre »

page 48, extrait du poème « Héritage »

Oui. J’aime l’idée que c’est « lui » qui sait. Je crois en la force de l’instinct, en la vérité de la partie viscérale de nos émotions. Elles ne trichent pas. Ecrire c’est déplier toutes les nuances et la complexité de nos émotions, qui peuvent être contradictoires, intimes et politiques à la fois. Créer me permet de les déposer, les déplier et les sublimer…

C’est un abri, une survie, pour ne pas crouler sous le poids de ses secrets … !

6. Dénoncer ou défoncer les injonctions ?

« Nos sautes d’humeur

A force de sautiller

Ont brisé les volets

Et l’air s’est échappé »

page 24, extrait du poème « Saute, mon humeur »

Plutôt défoncer. C’est l’étape d’après la dénonciation qui m’intéresse. Celle où on les déconstruit.

Pour construire en mieux, bien sûr !!

Album « Délivrance », 2020.

Nawel Ben Kraïem sera en concert à l’Institut du Monde Arabe, le 26 juin 2021, à 20h00.

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