Il y a plus de 10 jours, je postais mon coup de cœur pour « Eliete, la vie normale » de la romancière portugaise Dulce Maria Cardoso, aux Editions Chandeigne, qui est en lice pour le Prix Fémina Étranger !

Elle a accepté de répondre à quelques questions et je l’en remercie chaudement ! Mais tout d’abord, il me semble essentiel de faire connaissance avec cette écrivaine à la plume vive, en présentant son parcours.

Portrait de Dulce Maria Cardoso

Née en 1964 au nord du Portugal, elle passe son enfance à Luanda, ville qu’elle a dû quitter suite à la déclaration d’indépendance et au début de la guerre civile en 1975. Elle commence alors des études de Droit et devient avocate, avant de se lancer dans l’écriture.

Dulce Maria Cardoso a reçu de nombreux prix littéraires, comme le European Union Prize en 2009 et le prix du Pen Club portugais en 2010.

L’auteure a également été nommée Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres en 2012, une des plus importantes décorations honorifiques de la République française.

En découvrir davantage : https://editionschandeigne.fr/livre/eliete-la-vie-normale/

D’où est venue l’envie d’« Eliete, la vie normale » ?

Dans le processus d’écriture, l’unique mystère qui existe pour moi est l’apparition des personnages. Le reste c’est plus ou moins du travail, plus ou moins de la patience, plus ou moins de la résistance. Mais les personnages, leur apparition, demeurent un mystère. D’où vient par exemple l’image d’une femme qui m’a poursuivie pendant des années et qui est devenue Eliete ? Qui était-elle ? Pour le découvrir j’ai dû revenir en arrière, c’est-à-dire, écrire. Cela s’est passé ainsi avec Eliete et avec tous mes personnages. Eliete, s’est révélée être une femme apparemment normale dans une vie normale. En 2018, le mot normal n’avait pas encore la connotation que la pandémie lui a donné. Normal aujourd’hui correspond à autre chose, la nouvelle normalité correspond à autre chose. Mais déjà alors ladite normalité n’était pas la normalité que nous avons héritée après-guerre. Eliete, dans sa vie normale était très malheureuse, bien qu’ayant en apparence tout ce qui est supposé nous rendre heureux : un mari, deux filles, un travail, des vacances d’été. J’ai également compris qu’Eliete symbolisait un conflit entre le Portugal atavique conservateur, héritier de Salazar, et un Portugal modernisé. Mais ce roman, bien qu’encadré par la figure de Salazar, est intimiste. Il essaie de réfléchir aux relations familiales. Eliete a symboliquement l’âge de la révolution portugaise. Et elle est emportée dans le vertigineux changement économique, social, politique et technologique.

Quels sentiments vous ont traversé durant l’écriture de ce roman ?

L’écriture d’un roman est toujours une découverte. De la création d’un univers, des personnages, de l’état de ma compréhension ou incompréhension du monde. Je dirais que je suis disponible, curieuse et modeste.

Parmi vos personnages, lequel préférez-vous ?

J’aime tous mes personnages. Tous sont passés dans mon esprit et dans mon coeur. Bien sûr je passe plus de temps avec mes personnages principaux, mais je les connais bien tous et cela me manque d’être avec eux ou plutôt ce moment passé avec eux me manque. Je ne sais pas très bien.

Si Eliete existait, que ressentiriez-vous à son égard ?

Pour moi Eliete existe. Elle n’est pas matière mais elle existe dans ma pensée. Nous nous retrouvons encore régulièrement.

Quelles sont vos inspirations quotidiennes pour nourrir votre art de l’écriture ? Qu’est-ce qui vous donne l’envie de créer ?

Mon quotidien change beaucoup. Par exemple en ce moment je me réveille à 5h30 du matin et j’écris lors de ces premières heures de la matinée. Mais j’ai déjà plutôt écris jusqu’à très tard dans la nuit. J’ai avant tout besoin de silence. Ce qui me fait écrire c’est la vie. Cela peut paraître une réponse évidente et s’en est une mais je n’en trouve pas d’autre plus satisfaisante.

Extrait de « Eliete, la vie normale »

Avez-vous d’autres passions qu’écrire ?

Lire, marcher, cuisiner, le cinéma… tant de choses. Je suis privilégiée. J’aime beaucoup de choses, mais j’espère toujours en aimer plus. Pour avoir d’autres raisons d’être heureuse.

Dans ce roman, vous décrivez une femme qui étouffe dans sa vie, qui ne demande qu’à exister. Écrivez-vous pour vous sentir vivante ?

Dans le premier entretien auquel j’ai répondu, il y a de cela maintenant presque vingt ans, la journaliste m’a demandé pourquoi j’écrivais. J’ai répondu alors avec beaucoup d’ingénuité, « J’écris pour que l’on m’aime ». Aujourd’hui, passé vingt ans et six livres, je continue de donner la même réponse. J’écris pour que l’on m’aime.

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