« on a la poésie dans les bras, on a la poésie dans les jambes »

Je profite de cette belle occasion qui m’est donnée par Cultures Sauvages, publier tous les mardis du mois de mai 2022 dans la section “un artiste, un univers”, pour développer une pensée sur les rapports qu’entretiennent l’écriture et le geste. Même si elle part d’une volonté d’auto-réflexivité, cette pensée sera poétique dans sa forme. (Les trois premiers volets sont à lire ici, et encore ici).

*

            La semaine dernière, j’ai écrit « le langage détermine notre façon d’appréhender le réel ». Là d’où je viens, c’est déjà énorme de dire ça.

            Là d’où je viens, on n’interroge pas le langage.

                                   encore moins son rapport au langage

            Là d’où je viens, on écrit pas de poésie.

   

Mais                                        MAIS                                                  MAIS !

Là d’où je viens, on fait des gestes,

assurés, pluriséculaires.

Là d’où je viens, on fait des gestes poétiques à leur manière.

Là d’où je viens, on sait les gestes.

On a du savoir-geste.

On a la poésie dans les bras.

On a la poésie dans les jambes.

DONC             :           j’ai la poésie dans les bras.

                                    j’ai la poésie dans les jambes.

C’est ce que je réponds aux enfants en médiation culturelle quand ils me demandent de leur dire quand j’ai lu de la poésie pour la première fois. Je ne l’ai pas lue très tôt, mais la poésie, je l’ai rencontrée très tôt. Dans les levers de soleil à la campagne, dans les bottes de foin des champs de mon enfance, dans les collines tout autour de la maison.

Arrêtons de penser que la poésie ne se trouve que dans les livres et arrêtons également de penser cette idée comme niaise et ingénue. De tout bois on peut faire poésie.

DONC             :           mes gestes sont poésie, sur scène.

Je préfère écrire “faire poésie” au lieu d’écrire “faire de la poésie” : je ne fais pas de la poésie comme on fait du pain, ou deux, ou trois, c’est-à-dire en créant un poème, ou deux, ou trois, quantitativement.         Je fais poésie globalement entièrement.               J’essaie de faire en sorte que la poésie guide ma vie – cela est dit sans prétention. Il n’y a pas de poésie qui ne soit contenue que dans les poèmes. Si poème il y a, alors il y a poésie tout autour du poème… dans la personne qui a écrit ce poème, dans les personnes qui sont chères à cette personne qui a écrit le poème, dans les poèmes écrits avant ce poème, dans les livres lus avant ce poème, dans tous les objets que ce poème a côtoyés. La poésie est un art de vivre total*.

j’écris très lentement j’aime dire que je rumine comme les vaches,

celles de mon enfance.

j’écris parce que je ne sais pas vraiment parler,

mais j’ai un corps ça c’est une certitude.

J’ai une poésie corporelle pour un corps poétique. Une poésie du corps. Une poésie nourrie par le corps. Un corps qui me dicte de la poésie. Une poésie rythmée et organique. Un poésie qui entre en contact avec ma formation au théâtre physique et aux arts du mouvement.

Je voudrais qu’on le voie dans le texte écrit, tout ça. que ça se sente.

Déjà, là, j’écris comme je parle. Il y a l’organique de mon corps qui se sent. Je crois. J’espère. Il y a mon accent, même muet, il est là. Dans chaque mot il y a mes pieds. Les percussions du rythme de mon corps. Dans mes mots il y a mes gestes & dans mes gestes il y a mes mots. J’écris la performance et les manuscrits en même temps je crois.

Alors je ne vais pas mentir, bien sûr que je passe des heures devant l’ordinateur comme toute personne écrivante. Assise, prostrée. Mais comme dit Camille, je vais pas rester toute la journée assise. Et même quand je suis assise, ma langue bouge. mes mots bougent pour moi. Et je sais que j’investirai mes mots par la performance.

J’en ferai des mots investis.

De la poésie investie… On en parle la semaine prochaine.

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*C’est cette manière de vivre qui m’a guidée, avec un autre artiste, à créer une expérience poétique totale et synesthésique pour une personne.

Crédit : Coo Las

Pour aller plus loin, découvrez la biographie de Hortense Raynal :

Hortense Raynal est performeuse, poétesse, comédienne et aveyronnaise. Elle publie son premier livre de poésie, Ruralités, en 2021. Elle a étudié la littérature, le théâtre et le cinéma à l’ENS Ulm de Paris. Elle se forme au théâtre physique, aux accointances avec la danse, en Feldenkreis, Body Mind Centering, Butô et clown. Elle réalise des performances partout en France, et diffuse sa poésie sur Spotify & YouTube
Sa poésie est organique, gestuelle. Elle explore autant dans son écriture le champ de la géopoésie et les thèmes de la mémoire paysanne que la posture punk et queer. Et ce, toujours avec un lien très physique aux syntagmes. Elle explore dans ses recherches performatives la saturation de la langue, sa matière physique, la générosité scénique, le lien public-poésie-poétesse, le lien geste et écriture, la présence de l’objet livre. Comment investir la poésie ?
Elle a publié dans de nombreuses revues : Teste, Point de Chute, Lichen, Fragile, Tract, Gustave, Terre à ciel, Meteor, Sabir… Elle a été poétesse résidente à La Factorie, à L’Usine Utopik, à La Maison de la Poésie d’Amay, à La Colle à Gréoux-les-Bains entre 2020 et 2022. En 2022, elle fonde Mater Atelier, qui tente de fédérer le matrimoine poétique contemporain.

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