Chroniques littéraires

Besoin d'inspiration pour un titre, envie de découvrir de nombreux univers ou tout simplement de remplir sa pile à lire ?
Les chroniqueurs littéraires de Cultures Sauvages sauront répondre à votre fièvre de lecture, chacun avec son style sauvage.

Les articles récents

"Les idées noires", de Laure Gouraige, aux éditions POL

« Vous vous réveillez un matin, vous êtes noire.» Un matin, l'héroïne de ce roman pensait pourtant être encore la femme qu'elle était la veille. « C'est un objet encombrant une identité. » Bien souvent, ce sont les autres qui nous l'attribuent, quitte à nous enfermer dans une case, sans forcément traduire "case" par lieu d"habitation. La narratrice part, donc, vers les questions soulevées, un voyage identitaire, sans carte mais avec des questions sur soi par soi, dans le passé, vers les origines, en spirale, à se laisser vaciller entre présence, absence, origine et recommencement. Quelle aventure !

"L'arbre de colère", de Guillaume Aubin, aux éditions La Contre Allée

"Laisse-toi envelopper par les visions. Tu sais déjà voyager sur la terre, il te faut maintenant apprendre à voyager sous la peau". Une ode à la nature, à la forêt, un bel hommage à la culture amérindienne et à la bispiritualité. Un roman magistral peuplé de Longues-Tresses, d'Yeux-Rouges, de Barbes et de Chamanes, de meutes, de chants, de rituels, de vies. Un roman initiatique, celui du combat de Fille-Rousse pour gagner sa liberté de disposer de son corps, d'être, tout simplement.

"P.M. Ziegler, peintre", de Noëlle Renaude, aux éditions Inculte

"La pintoche, comme il disait, ne risquait pas de mourir. Les peintres mouraient. La peinture, elle, survivrait quoiqu'il arrive et quoiqu'on lui prédise de funeste." Un destin singulier qui semble universel. Un roman qui dépeint la vie d'un peintre de manière étonnamment apaisée et même parfois presque joyeuse. Un roman qui nous emmène admirer le « paysage d'une vie » passée le pinceau à la main, avec tous les mystères et non-dits que cela peut comporter. La beauté en retrait, modeste, belle, observatrice, aimante, comme la plume de l'auteure.

"Au printemps, on coupe les ailes des oiseaux", de Marion Guénard aux Éditions de l'Aube

Le récit d'une jeunesse sacrifiée, muselée dans sa colère après avoir ouvert une brèche de liberté, un drame peut-être encore trop méconnu de l'opinion publique internationale. Un moyen de comprendre et analyser les suites du "printemps arabe" et un fervent hommage à toutes celles et ceux, qui, malgré la répression qui ensanglante un pays, continuent à s'accrocher à ce qui reste de leur rêve révolté.

"Ordure", d’Eugene Marten, préface de Brian Evenson, chez Quidam éditeur

Une histoire horrible et prenante qui se déroule aux États-Unis, mais pourrait se passer dans n'importe quelle mégalopole où les déchets et les rebuts s'amoncellent loin des regards. Un roman américain enfin traduit en français où les ordures sont littéraires, les phrases ciselées et les mots taillés mêle si sales, ne sont pas sans rappeler certains romans de Ballard ou Bret Easton Ellis, quand le réel est mis à nu sans sa perversité, comme dans les films de David Lynch ou Abel Ferrara.

"L'apparence du vivant", de Charlotte Bourlard, aux éditions Inculte

"Monsieur Martin est tombé au pied de la cheminée. Ça fait cinq ans. Il s'est agrippé au divan, puis il a flanché. Madame était en train de préparer des pains perdus. Elle a appelé les secours. Les pains perdus ont cramé, monsieur est devenu un légume. Elle n'a jamais voulu le lâcher. Elle veut continuer à l'aimer." Le thème de la mort tient dans ce premier roman un rôle central. N'est-ce pas le cas de toute vie ? Même s'il pourrait sembler un peu lugubre, le scénario tient parfaitement la route et on est emporté dans ces pages par une danse macabre non dénuée d'humour noir ! Un premier roman radical, emportant d'embaumement, de crémation, de taxidermie, prenant jusqu'à la dernière recette qui sonnera comme un bouquet final !

Les villes de papier ( Une vie d'Emily Dickinson) de Dominique Fortier

Dans son essai Les villes de papier, Dominique Fortier nous fait traverser une vie puissante et fascinante, celle d'Emily Dickinson. Une vie-corps, une vie-papier, une vie-chambre. Toute la force de cet essai vient de sa capacité à créer des lignes de fuite, des lignes de vies bruissantes et souterraines. Elle ne signe donc pas une biographie au sens classique, mais plutôt une fiction poétique sur cet autre en nous qui parle et qui regarde le monde.