Chroniques littéraires

Besoin d'inspiration pour un titre, envie de découvrir de nombreux univers ou tout simplement de remplir sa pile à lire ?
Les chroniqueurs littéraires de Cultures Sauvages sauront répondre à votre fièvre de lecture, chacun avec son style sauvage.

Les articles récents

"Ingrid Bergman", de Denis Lachaud, aux éditions Actes Sud

Un livre étonnant, captivant et explorateur de l'être qui démarre sur une urgence de secours et ne dévoile que très progressivement la situation au lecteur. On avance pas à pas, sans vouloir aller trop vite. On découvre Ingrid, puis son identité avec elle, et sa fille Rosalie, telles qu'elles sont et peuvent se dire, on se laisse plonger au coeur d'un nœud d'interrogation. Et dans ce livre, on découvre aussi, ébahi, ému, tendu, la capacité incroyable à s’accoutumer à des situations impossibles, qu’on pourrait penser insupportables. Un roman vertigineux, funambule sur le fil de la violence, qui peut décons­truire l’individu mais ce faisant laisser entrer un passage insoupçon­nable vers la sortie de soi pour la reconstruction du moi : "La parole" sera libération.

"Requiem", de Gyrdir Eliasson, aux éditions La Peuplade

Il est venu dans la maison pour composer de la musique.. Attentif au bruissement des insectes, au chant des oiseaux ou au souffle du vent, il compose. "Marche funèbre (pour débutants)", "Étude pour violoncelle, scie et marteau", il compose. C’est quelque chose qu’il fait comme il respire, nous explique-t-il. Et le lire est délicieux. Ceci est un roman intime et intense, emportant, comme La Peuplade sait le faire. Venez lire pourquoi ?

"Je suis le dernier", d'Emmanuel Bourdieu, chez Rivages Noir

Une intrigue savamment emmêlée, une experte qui explore les dires de l'accusé façon "Lie to me". Un premier roman, ironie du premier/dernier, sombre et lumineux à la fois, sobre et intense, on sort du cadre du genre pour y plonger avec talent et respect. La sociologie, la psychologie, la philosophie sont des personnages secondaire de ce roman, il faut avouer. Bref, c'est un très très bon roman. Un face à face pointilleux, exaltant, brillant, aux phrases courtes qui percutent, puisque le vrai est l'objectif final.

"Les maisons vides", de Laurine Thizy, aux éditions de l'Olivier

Un premier roman à part, "porté par une écriture où le panache s’allie à la délicatesse", et dans lequel l'auteure, Laurine Thizy, s’impose comme une réelle découverte, talentueuse et novatrice. Gabrielle et sa rage, Gabrielle et son corps, Gabrielle et la GRS, Gabrielle et les araignées. La vie est présente, palpable, souple et intense à chaque page. Une histoire à la construction fine et intelligente, imprévisible et toute en tension, une lecture haletante, jusqu’à la révélation finale, sombre et brillante à la fois.

"Retour à Malataverne", de Pierre Léauté

Un hommage vibrant à un roman précédent de Bernard Clavel, un succès considérable où était décrite une France rurale en pleine mutation en proie à un fait divers. Le temps a passé, mais il nous offre aussi une replongée dans la suite de ce fait dans un roman qui s'installe dans la même France, 16 ans plus tard. Une replongée dans une campagne toujours peu charitable et pleine d'aigreurs tues, avec une tentative de rédemption, malgré tout.

Amour, extérieur nuit", de Mina Namous, aux éditions Dalva

Une histoire algéroise. Celle d'une femme qui veut se sentir bien, libre, qui veut se sentir être, et peut-être, au passage, aimer et être aimée. C'est donc, aussi, une histoire d'amour. C'est aussi l'histoire d'une sensation, puis d'un sentiment qui entre dans la peau, et qui remue, qui occupe, qui ressasse. C'est aussi un premier roman et une entrée sensible et touchante dans la littérature. Elle écrit, Mina Namous, intensément et de façon parfois douce, parfois cinglante, toujours juste.

"La vallée des fleurs", de Niviaq Korneliussen, aux éditions La Peuplade

Une écriture vibrante, à fleur de peau, une plume acérée et un regard vif. La réalité à laquelle se heurtent les jeunes Groenlandais, la difficulté de s’intégrer au monde et l’impossibilité ou la menace de ne pouvoir réussir à croire en soi. Une lecture crue, touchante, réelle et sombre sans jamais être sordide, car le réel regardé en face peut faire mal mais permet d'avancer. Une surprenante et belle découverte littéraire !

"Les idées noires", de Laure Gouraige, aux éditions POL

« Vous vous réveillez un matin, vous êtes noire.» Un matin, l'héroïne de ce roman pensait pourtant être encore la femme qu'elle était la veille. « C'est un objet encombrant une identité. » Bien souvent, ce sont les autres qui nous l'attribuent, quitte à nous enfermer dans une case, sans forcément traduire "case" par lieu d"habitation. La narratrice part, donc, vers les questions soulevées, un voyage identitaire, sans carte mais avec des questions sur soi par soi, dans le passé, vers les origines, en spirale, à se laisser vaciller entre présence, absence, origine et recommencement. Quelle aventure !